Il y a ces coups de pioche dans le cœur, les souvenirs qui reviennent pour nous briser, nous courber, nous laisser sans larme, juste avec la douleur, l’errance dans le vide, dans le silence, dans le mal.

Je me souviens. Une image en 3D, les yeux de ma mère rivés aux miens, sa douleur, sa peur, son renoncement. La maladie avait encore fait un pas dans les illusions perdues. La vie est cruelle, elle donne, un peu, elle reprend sans concession. Il n’y a rien à faire, rien à dire, on ne s’oppose pas aux réalités. On peut les nier un moment, leurs faire des pieds de nez, ne pas les accepter mais vient le regard qui trahi chaque larme, chaque pensée, chaque évidence. La mort rode, la maladie ronge et on n’ose pas dire au-revoir, on repousse l’échéance, on prie, on crie, on sourit faiblement, on a peur de ce dernier moment qui viendra percuter tout l’espace vide qui prendra place en nous.

Son regard à certains moments venait tout me raconter, dans le silence de la pièce. Il me disait, c’est trop dur, je me suis battue, j’ai lutté, j’ai perdu, je suis perdue, il faudra t’y faire. Un regard, à la fois glacial et triste mais avec l’éclat de l’amour et les pigments de la peur. L’intensité de la vérité, l’éclair de clairvoyance, un rasoir dans le silence, une cicatrice déjà toute faite, celle qu’on touchera à tout jamais sur la surface de l’âme.

Les souvenirs sont la mémoire des sentiments, du ressenti, ils nous font vivre dans la joie comme dans le malheur, ils nous disent, il faut vivre tant qu’on le peut parce que les instants ne sont pas éternels.